09.09.2007

Polar...Poème

"- Tu es complètement dingue, dit Louis entre ses dents.
 - "D'Aquitaine"...? "La Tour"...? Rien ne vous frappe? demanda Lucien en les regardant, l'air étonné. "D'Aquitaine"... "La  Tour"...Marc? Bon dieu! ça ne te dit rien?
 - Si, dit Marc, la voix hésitante.
 - Ah! dit  Lucien avec espoir. ça te dit quoi?
 - Un poème.
 - Quel?
 - Nerval.
Lucien se leva précipitamment et pris un livre sur le buffet. Il l'ouvrit à une page cornée.
 - Voilà, dit-il. Je vous le lis :

  Je suis le Ténébreux, -le Veuf, -l'Inconsolé,

  Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
  Ma seule Etoile est morte, -et mon luth constellé
  Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Lucien reposa le livre, un peu de sueur au front, les joues rouges, comme Marc le connaissait quand il s'exaltait. Marc était sur ses gardes, l'esprit chancelant, car si les exaltations de Lucien étaient parfois des catastrophes, ce pouvait être aussi de simples traits de génie.
- Le tueur suit ça ligne à ligne! reprit Lucien en frappant du poing sur la table.

[...]

 - Quand iras-tu?
 - Maintenant.
 - Au fait, tu seras capable de leur indiquer le titre du poème?
 - Incapable.
 - El Desdichado. ça veut dire "Le Déshérité".
 - Très bien. Compte sur moi.
 Lucien se retourna, la main sur la poignée de la porte."

 Extrait de Sans feu ni lieu de Fred Vargas